CâĂ©tait lâune de ces journĂ©es oĂč la chaleur semble Ă©craser tout sur son passage. Lâair vibrait au-dessus de lâasphalte, les passants avançaient lentement, comme sâils portaient un fardeau invisible. En traversant le parking presque dĂ©sert dâun supermarchĂ©, mon regard a Ă©tĂ© attirĂ© par une voiture argentĂ©e, immobile, mais qui semblait cacher quelque chose dâinquiĂ©tant.
Ă lâintĂ©rieur, sur la banquette arriĂšre, un chien haletait. Sa langue pendait, ses yeux Ă©taient vitreux et son pelage Ă©tait trempĂ© comme si on lâavait arrosĂ©. đš Les vitres fermĂ©es transformaient la voiture en vĂ©ritable fournaise. Mon cĆur sâest emballĂ© : je savais que chaque seconde comptait.

Je me suis approchĂ©, et câest alors que jâai aperçu un papier collĂ© Ă la vitre. En le lisant, jâai eu un choc :
« Je reviens dans quelques minutes. Il y a de lâeau. Ne touchez pas Ă la voiture. Si besoin â appelez ce numĂ©ro. »

Jâai immĂ©diatement composĂ© le numĂ©ro, espĂ©rant trouver une oreille attentive. Mais Ă lâautre bout, une voix sĂšche et irritĂ©e mâa rĂ©pondu :
â « Il y a de lâeau, tout va bien. Ne vous occupez pas de ce qui ne vous regarde pas. »
Ces mots ont dĂ©clenchĂ© en moi une colĂšre sourde. Comment pouvait-on rester aussi insensible ? Je voyais ce chien suffoquer, prisonnier dâun piĂšge mortel.

Sans rĂ©flĂ©chir davantage, jâai attrapĂ© une pierre et jâai brisĂ© la vitre. đ„ Lâalarme a retenti, des tĂȘtes se sont tournĂ©es, mais je ne me suis pas arrĂȘtĂ©. Jâai ouvert la portiĂšre et sorti lâanimal. Son corps tremblait, ses pattes faiblissaient, mais il respirait encore. Je lui ai donnĂ© de lâeau, et peu Ă peu son souffle est devenu plus rĂ©gulier.

Quelques instants plus tard, un homme rouge de colĂšre a surgi, courant vers nous. Ses mots Ă©taient pleins de reproches, mais je savais une chose : jâavais sauvĂ© une vie. Et aucune vitre, aucun cri de propriĂ©taire furieux, ne valaient plus que ce regard reconnaissant du chien. đ¶â€ïž