Chaque matin, lorsque je partais travailler, mon petit Artyom pleurait et s’accrochait à moi. Je pensais que c’était normal, qu’il n’aimait simplement pas me voir partir. Mais un jour, il m’a murmuré, la voix tremblante :
— Maman, ne pars pas… elle va venir.
— Qui, mon chéri ?
— La nounou.
Ce détail m’a troublée : la nounou n’arrivait qu’une vingtaine de minutes après mon départ. Comment pouvait-il déjà avoir peur d’elle ?

Le lendemain, j’ai dissimulé une petite caméra dans le salon, juste au-dessus de la bibliothèque. Puis, au lieu de partir loin, je suis restée dans la voiture et j’ai ouvert l’application sur mon téléphone.
Sur l’écran, j’ai vu Artyom assis sur le tapis, serrant son ours en peluche contre lui. Quelques minutes ont passé. Soudain, la porte du couloir s’est ouverte lentement, sans que personne ne soit visible. Puis des pas lourds ont résonné.
Mon cœur s’est arrêté. Artyom a levé les yeux, apeuré. Une ombre humaine est passée dans le champ de la caméra.
— Va-t’en… murmura mon fils, terrorisé.
Je n’ai pas réfléchi : j’ai couru jusqu’à l’appartement. Quand j’ai ouvert la porte, Artyom pleurait. La nounou n’était pas encore censée être là. Il m’a serrée fort et a dit entre deux sanglots :
— Elle crie, maman… elle me fait mal…

Le soir, j’ai revu la vidéo. Tout était clair. La nounou arrivait bien avant l’heure prévue. Elle entrait sans bruit, posait son sac, et, d’un ton sec, grondait mon fils :
— Tais-toi ! Tu es insupportable !
Elle lui attrapait le bras avec violence.
Une rage froide m’a envahie. J’ai conservé la vidéo et appelé la police. Le lendemain, je l’ai congédiée.
Depuis, Artyom rit de nouveau. La caméra reste accrochée dans le coin du salon, témoin silencieux de ma vigilance retrouvée.
Je me suis jurée une chose : ne jamais plus ignorer la peur d’un enfant.