Marie-Louise entra dans mon cabinet si discrètement que j’aurais pu croire qu’il n’y avait ni pas ni souffle derrière la porte.
Petite femme élégante, autour de cinquante ans, elle tenait la caisse de transport comme on porte une boîte pleine de souvenirs précieux.
Son visage portait la trace de longues nuits blanches : cernes légers, sourire absent, regard épuisé. Le chat, un gros tigré nommé Gaston, se tenait recroquevillé à l’intérieur, l’air bougon mais résigné.
— Docteur Lorenzo, murmura-t-elle, je n’en peux plus. Il ne me laisse plus dormir. Pas une seule nuit.

Je l’invitai à s’asseoir, allumai une lampe douce pour apaiser l’atmosphère. Elle posa la caisse à ses pieds. Gaston en sortit lentement, comme s’il évaluait la pièce avant de décider s’il allait coopérer ou non.
Il resta près d’elle, la queue enroulée autour de ses pattes, un véritable garde du corps félin.
— Racontez-moi tout depuis le début, dis-je.
Elle inspira profondément.
Depuis trois semaines, à peine la lumière éteinte, Gaston se transformait en veilleur nocturne : il marchait nerveusement dans l’appartement, miaulait, sautait sur les meubles, puis finissait par grimper sur elle pour la pousser littéralement hors du lit.
Sur le canapé, en revanche, il se couchait instantanément contre elle, ronronnant comme si c’était le seul endroit sûr.
— J’ai pensé à des puces, à l’ennui, à un caprice… avoua-t-elle. Mais rien n’expliquait ça.
Je pris Gaston sur la table et commençai l’examen. Yeux, dents, respiration : tout était parfait. Puis, en palpant son abdomen, il tressaillit légèrement. Ce fut presque imperceptible, mais suffisant pour attirer mon attention.
Marie-Louise leva les yeux.
— Ce n’est rien de grave ?
Je secouai la tête.
— Non. Mais ce n’est pas lui qui a un problème.
Je lui demandai alors de me parler de l’analyse qu’elle avait faite récemment — celle qu’elle avait mentionnée au téléphone. Elle hésita, joua nerveusement avec la fermeture de son sac, puis se lança :
— Une analyse du cortisol. On m’a diagnostiqué un syndrome d’épuisement. Mon cœur s’emballe la nuit. Je me réveille parfois sans m’en rendre compte… Et Gaston vient.

La pièce resta silencieuse quelques secondes.
— Il vient vous protéger, dis-je doucement. Il réagit à votre stress, à vos montées de tension. Il vous déplace pour calmer votre rythme.
Elle porta une main à sa bouche, bouleversée. Gaston, comme pour confirmer mes paroles, sauta sur ses genoux et poussa sa tête contre la sienne.
— Alors… il me soigne ?
— Oui, répondis-je. Mais maintenant, nous allons vous soigner tous les deux.