Ce samedi matin, Nikolaï Ivanovitch se réveilla avec une inquiétude inhabituelle. Dans le petit village régnait un silence profond : tout le monde dormait encore, y compris sa petite-fille adorée, Daria.
Elle avait vingt-trois ans, était belle et intelligente, venait de terminer l’école d’infirmières et travaillait déjà comme feldsher. Bientôt, elle devait se marier avec Alexeï, un jeune juriste sérieux et généreux.
Le vieil homme se réjouissait pour elle, mais son cœur se serrait à l’idée de la voir partir vivre en ville. Pourtant, il avait pris une décision ferme : offrir toutes ses économies à Daria et à son fiancé pour qu’ils puissent acheter un appartement.

— Grand-père, fais un virement à la banque, c’est plus sûr, insista doucement Daria.
— Non, ma chérie. Je préfère à l’ancienne. Je retirerai l’argent moi-même et je te le remettrai en main propre.
Ils prirent la vieille Volga et descendirent en ville. Tout se passa comme prévu : Nikolaï Ivanovitch sortit l’argent et le glissa dans une enveloppe.
Fier et soulagé, il serra la main de sa petite-fille. Mais sur le chemin du retour, leurs rêves s’interrompirent brusquement par un crissement de pneus.
Une voiture noire barra la route. Quatre hommes armés en jaillirent. Ils exigeaient l’argent. L’un d’eux attrapa Daria par le bras. Le grand-père supplia qu’on lui laisse sa petite-fille, prêt à donner tout le contenu de l’enveloppe.
Mais un détail inattendu changea tout. Le chef de la bande, en voulant tirer sur la chaîne de Daria, remarqua le pendentif accroché à son cou : une amulette en forme de chauve-souris.
Son regard se figea. D’un geste nerveux, il toucha son propre torse, où pendait exactement le même talisman.
— D’où tiens-tu ça ? demanda-t-il d’une voix rauque.

Daria n’eut pas le temps de répondre. À cet instant, une autre voiture arriva sur la route. Effrayés d’être surpris, les bandits s’enfuirent, emportant l’enveloppe d’argent.
Quelques jours plus tard, la police arrêta la bande. Lors de la confrontation, Nikolaï Ivanovitch fut bouleversé : le chef, prénommé Maxime Réznitchenko, ressemblait trait pour trait à sa défunte fille, Liouba.
Quant à Daria, elle ne pouvait détacher ses yeux de l’amulette. Sa mère lui avait offert ce talisman à sa naissance, en jurant qu’il la protégerait toute sa vie. Mais comment ce criminel possédait-il le même ?
La jeune femme entreprit des recherches. Dans les archives d’un orphelinat, elle découvrit que Maxime était le fils d’une certaine Lioubov Otradnaïa. C’était bien le nom de sa mère.
Le choc fut immense. Elle avait un frère.
Alors, Nikolaï Ivanovitch avoua : oui, Liouba avait connu la prison, s’était liée à de mauvaises fréquentations et était morte jeune. Il avait caché la vérité pour protéger sa petite-fille.
Daria comprit qu’elle devrait désormais porter ce double fardeau : vivre pour elle, mais aussi pour ce frère égaré. Elle décida de prier pour lui et de conserver, coûte que coûte, la mémoire de sa mère.
Car l’amulette avait bel et bien tenu sa promesse : il l’avait guidée jusqu’à la vérité, aussi douloureuse qu’indispensable.