Dans un village reculĂ©, au pied dâune vaste forĂȘt, vivait une fillette prĂ©nommĂ©e Alina. Elle avait lâhabitude de se promener seule, cueillant des baies et des fleurs sauvages. Un jour, alors quâelle rentrait chez elle, elle entendit un faible gĂ©missement. Le son provenait dâun buisson Ă©pais.
En sâapprochant, Alina dĂ©couvrit un minuscule louveteau â maigre, tremblant de froid et de faim. Sa patte Ă©tait blessĂ©e et ses yeux brillaient de peur. La fillette ne put passer son chemin. Avec douceur, elle prit le petit entre ses bras et le ramena chez elle.

MalgrĂ© les avertissements des voisins, qui croyaient quâun animal sauvage apporterait le malheur, Alina soigna le louveteau. Elle le rĂ©chauffait prĂšs du feu , le nourrissait de lait et bandait sa patte. Lâanimal reprit des forces, grandit, et bientĂŽt il courait joyeusement en remuant la queue. Mais un jour arriva oĂč il devait retourner dans la forĂȘt. Le cĆur lourd, Alina le libĂ©ra, certaine pourtant quâil ne lâoublierait jamais.
Les annĂ©es passĂšrent âł. La fillette devint une belle jeune femme. La vie suivait son cours paisible, jusquâĂ ce quâun jour des brigands attaquent le village. Les habitants terrifiĂ©s se cachaient, et Alina, qui revenait des champs, se retrouva seule dans la forĂȘt sombre.
Soudain, un homme armĂ© dâun couteau lui barra la route. Le cĆur dâAlina se serra, aucune issue ne semblait possible. Mais au mĂȘme instant, un rugissement retentit dans les fourrĂ©s. De lâombre surgit un immense loup gris. Ses yeux brillaient dâun Ă©clat familier. CâĂ©tait le louveteau quâelle avait sauvĂ© autrefois !
Le loup gronda puissamment, et lâassaillant, pris de panique, recula avant de sâenfuir en courant. Alina nâen croyait pas ses yeux đ. Lâanimal sâapprocha, posa doucement son museau contre sa main, comme pour dire : « Je nâai pas oubliĂ© ton geste ».

Ămue, Alina tomba Ă genoux et passa ses bras autour de son cou. Pendant un instant, lâhomme et la bĂȘte ne formĂšrent plus quâun seul ĂȘtre.
DĂšs cette nuit-lĂ , le loup rĂŽda souvent prĂšs du village, mais uniquement pour veiller sur elle. Plus personne nâosa jamais faire du mal Ă Alina. On murmurait que la jeune femme avait un protecteur venu de la forĂȘt.
Alina savait une chose : la bontĂ© offerte avec le cĆur finit toujours par revenir. Parfois, mĂȘme aprĂšs de longues annĂ©es, sous la forme redoutable mais fidĂšle dâun loup.
Ainsi, la fillette qui avait sauvé un minuscule louveteau fut, des années plus tard, sauvée à son tour par le destin.