La neige craquait sous les bottes d’Edward lorsqu’il fit un pas en avant. Devant lui gisait une lionne épuisée, son souffle à peine visible dans l’air glacé. À côté d’elle, un petit lionceau tremblait, serré contre son flanc.
Mais le regard de la lionne n’avait rien de sauvage. Il était calme, presque humain, chargé d’une supplication silencieuse. Edward resta figé, comme si le temps lui-même hésitait à avancer.
— Comment es-tu arrivée ici… ? murmura-t-il enfin. La lionne cligna lentement des yeux et poussa faiblement le lionceau vers lui. C’était un geste clair, une dernière volonté.
Edward sentit son cœur se serrer violemment. Dix ans plus tôt, il avait déjà essayé de sauver quelqu’un, et il avait tout perdu. Depuis ce jour, il s’était juré de ne plus jamais ouvrir son cœur.
Pourtant, ses mains agirent sans attendre son accord. Il prit le lionceau, l’enveloppa dans son manteau et le porta à l’intérieur. Lorsqu’il revint, la lionne ne respirait déjà plus.

La nuit fut longue et silencieuse. Le lionceau survivait à peine, et Edward resta à ses côtés, ravivant le feu, murmurant des mots oubliés. Quelque chose dans cette scène lui semblait étrangement familier.
À l’aube, un bruit le réveilla. Ce n’était ni le vent, ni le bois qui craque. C’étaient des pas, lents et réguliers.
Edward s’approcha de la fenêtre et sentit son sang se glacer. À la lisière de la forêt, des silhouettes immobiles se tenaient dans la neige. Elles étaient nombreuses et anormalement grandes.
Le lionceau leva soudain la tête. Ses yeux changèrent, devenant profonds et étrangement lumineux. Un son grave sortit de sa gorge, un appel.
Les silhouettes répondirent aussitôt. Elles avancèrent d’un pas, parfaitement synchronisées. Edward recula, envahi par une peur qu’il croyait oubliée.
Et puis il se souvint. La tempête d’il y a dix ans, les cris, et ces mêmes formes dans l’obscurité.
Ce soir-là, il avait ouvert la porte. Il pensait aider des voyageurs perdus. Mais le matin venu, sa maison était vide.
— C’est vous… souffla-t-il. Le lionceau tourna la tête vers lui, et sa voix brisa le silence.
— Tu as promis. Edward lâcha presque l’animal sous le choc.
— Quoi… ? murmura-t-il. Le regard du lionceau resta fixé sur lui.
— Tu dois payer ta dette. Nous t’avons laissé vivre. Maintenant, tu dois rendre ce qui nous appartient.

La porte s’ouvrit lentement derrière lui. Le froid envahit la pièce comme une présence vivante.
Les silhouettes étaient déjà à l’entrée. Et Edward comprit enfin.
La lionne n’était pas venue chercher de l’aide. Elle avait apporté l’offrande.
Le lionceau n’était pas un animal. C’était le début du retour.
Edward ferma les yeux un instant. Puis il fit un pas en avant.
— Je me souviens, dit-il calmement. Et cette fois, il n’allait pas fuir.