Nous nous sommes arrêtés avec mon mari pour faire le plein quand l’employé de la station-service s’est approché de moi et m’a tendu un mot : “Fuis-le, dis que tu vas aux toilettes et pars…”

Nous roulions depuis des heures. Mon mari ne disait presque rien, les mains crispées sur le volant, les yeux fixés sur la route.

L’atmosphère dans la voiture était lourde, étouffante. Quand la jauge d’essence a frôlé le zéro, il a ralenti devant une petite station isolée au bord de la nationale.

L’air sentait l’essence et la pluie. Il est descendu pour payer, me laissant seule dans la voiture. Je regardais distraitement les néons tremblants quand un jeune employé, le badge “Aram” sur la poitrine, s’est approché.

Il a esquissé un sourire, mais son regard a changé brusquement. En vérifiant la pompe, il a glissé un petit papier plié dans ma main.

Je l’ai ouvert discrètement. Le message m’a glacé le sang :
“Fuis-le. Dis que tu vas aux toilettes et pars. Maintenant. Ne te retourne pas.”

Je l’ai relu trois fois. Mon cœur battait si fort que j’en avais mal. Était-ce une mauvaise plaisanterie ? Une erreur ? Mon mari est revenu, lançant un regard méfiant vers l’employé.

— On y va, dit-il sèchement.

— J’ai… besoin d’aller aux toilettes, balbutiai-je.

Son visage se figea. Ses yeux brillaient d’une lueur étrange.
— D’accord. Mais dépêche-toi.

Je suis sortie, sentant son regard dans mon dos. Aram m’a fait un signe presque imperceptible vers la porte de service, derrière le bâtiment. Je fis un pas… puis j’entendis la portière claquer violemment.

— Hé ! Où tu vas ?! cria mon mari d’une voix qui ne lui ressemblait pas.

Aram s’est précipité vers moi, me saisissant le poignet.
— Il est recherché, murmura-t-il. On a sa photo dans la salle de repos. Va-t’en, vite !

Je n’ai pas réfléchi. Il m’a poussée vers la sortie, et je me suis mise à courir. Derrière moi, des cris, un bruit sourd, puis le silence.

J’ai débouché sur la route, tremblante, jusqu’à ce qu’un camion s’arrête. Le chauffeur m’a ouvert sans poser de questions. Quelques minutes plus tard, des gyrophares bleus fendaient la nuit derrière nous.

Plus tard, j’ai appris que mon mari était recherché pour l’enlèvement et le meurtre d’une femme… qui me ressemblait.

Depuis ce jour, chaque fois que je passe près d’une station-service, je frémis. J’ai parfois l’impression qu’un autre regard veille derrière la vitre, prêt à sauver, en silence, celle qui ne sait pas encore qu’elle doit fuir.

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