Je suis allongée au fond d’un ravin sombre, et le silence me frappe plus violemment qu’un cri. Le monde s’est rétréci jusqu’à la douleur dans ma jambe et le souffle rauque dans ma gorge.
Au-dessus de moi, le ciel est gris, bas, indifférent. L’humidité s’infiltre sous mes vêtements, la terre sous mon dos est glaciale, presque vivante.
Je ne me souviens plus comment je suis tombée. Il y a eu un virage, une pente glissante, puis le vide. Le monde s’est retourné, le ciel est devenu la terre, et me voilà — couchée parmi les feuilles mouillées, les pierres pointues et la brume. J’attends, immobile. Seul mon cœur bat, affolé, cherchant une sortie.
Et soudain — un bruit. Réel. Pas une illusion.
Des pas. Lents, assurés, réguliers. Quelqu’un marche au-dessus de moi, sur le sentier. J’essaie de crier :
— À l’aide !

Mais ce n’est qu’un souffle éraillé, un gémissement fêlé. Les pas ne s’arrêtent pas. J’inspire, ma gorge brûle :
— À l’aide !
Cette fois, plus fort. Les pas s’interrompent. Le silence devient épais, presque tangible. Je retiens mon souffle. Quelqu’un est là, juste au bord du ravin.
— Je suis ici ! — je crie encore, les larmes se mêlant à la pluie.
Aucune réponse. Seulement un froissement discret — quelqu’un descend lentement, prudemment. Des branches craquent, des feuilles s’écrasent.
J’aperçois une silhouette — sombre, indistincte. Un homme ? Oui… mais quelque chose ne va pas. Ses mouvements sont trop lisses, trop fluides, comme s’il ne touchait pas vraiment le sol. Pas de lampe, pas de téléphone, rien dans ses mains.
— Qui êtes-vous ? Aidez-moi… — ma voix tremble.

La silhouette s’arrête. Dans la faible lumière du lampadaire au loin, je distingue son visage — couvert de terre, ses vêtements déchirés… et soudain, je comprends : il est couvert de boue comme s’il sortait de dessous la terre.
— Tu n’aurais pas dû appeler, — murmure-t-il d’une voix rauque.
L’air se fige. Je recule, la douleur me traverse la jambe. Il s’avance, pas à pas, et l’herbe semble bouger autour de lui comme si elle respirait.
Je saisis une pierre, la lève, prête à frapper — et tout disparaît. Plus de lumière. Plus de son. Plus de douleur. Rien que le vent et le vide.
À l’aube, les secouristes ne trouvèrent qu’une trace de mains dans la boue et une empreinte dans la terre humide. Le téléphone gisait sur le sentier, l’écran encore allumé.
Un seul message envoyé à 22h48 :
« À l’aide. Il y a quelqu’un dans le ravin. »