Victoria était la fille unique d’une famille aimante. Ses parents l’adoraient, cédaient à ses caprices et faisaient tout pour la rendre heureuse.
Son père occupait un poste de directeur dans une usine, sa mère travaillait comme médecin dans une polyclinique.
La jeune fille venait de terminer l’école et attendait avec impatience son bal de fin d’études. Avec sa mère, elle avait choisi une robe élégante et raffinée, et Victoria rêvait déjà du moment où elle la porterait devant ses camarades.
Deux jours avant la fête, elle s’était inscrite chez la coiffeuse pour une coiffure spéciale. Ce vendredi-là, sa mère était rentrée plus tôt afin de préparer les affaires pour la cérémonie.

Mais soudain, elle se souvint qu’il n’y avait plus de pain à la maison. Elle demanda alors à sa fille d’aller rapidement en acheter. Victoria mit sa veste et sortit, loin d’imaginer que ce serait le début d’une épreuve qui allait changer sa vie.
Sur le chemin, une voiture la renversa. Le conducteur, un jeune homme, affolé mais voyant qu’elle respirait encore, la fit monter dans sa voiture et prit la direction de l’hôpital.
Pourtant, après un appel à son père, il reçut ce conseil : ne pas se présenter aux urgences, car la police serait aussitôt prévenue. Pris de panique en voyant la jeune fille inconsciente, il décida de l’abandonner loin de la ville, dans un petit village isolé.
C’est là qu’une vieille guérisseuse, Ludmila, la trouva étendue près d’une clôture. Elle la soigna, la nourrit et l’accueillit chez elle. Victoria avait survécu, mais avait perdu la mémoire.
Sans papiers, incapable de dire qui elle était, elle resta chez cette femme généreuse. Les années passèrent. Elle aidait aux travaux domestiques, cueillait des herbes médicinales et menait une vie simple et discrète, cachant aussi les cicatrices laissées par l’accident.
Douze années s’écoulèrent ainsi. Ce n’est qu’après un choc terrible que sa mémoire revint. Mariée depuis deux ans à un jeune infirmier du village et mère d’une petite fille, Victoria vivait paisiblement quand des cambrioleurs pénétrèrent dans leur maison.
Elle dormait alors avec son bébé dans les bras. Réveillée en sursaut, saisie par la peur de perdre son enfant, elle connut une telle terreur que ses souvenirs refirent surface.

Enfin, elle se rappela qui elle était, ses parents, sa maison, et ce passé englouti. Quelques jours plus tard, elle se rendit avec son mari et sa fille chez ses parents.
Lorsqu’ils la virent sur le pas de la porte, sa mère et son père éclatèrent en sanglots. Douze ans durant, ils l’avaient crue morte. Ils avaient consulté la police, des médiums, même un détective privé, mais sans résultat.
Aujourd’hui, le miracle s’était accompli. Victoria, marquée par des cicatrices mais plus forte que jamais, avait retrouvé les siens.
Elle continue de vivre dans le village avec son mari et sa fille, et reste aux côtés de Ludmila, celle qui lui a sauvé la vie.