La cuisine était plongée dans un calme presque parfait. Une lumière chaude tombait doucement au-dessus de l’évier, et tout semblait paisible dans la maison.
On entendait seulement le léger bourdonnement du réfrigérateur et le tic-tac tranquille de l’horloge sur le mur. Au centre de cette tranquillité se trouvait un chat roux nommé Barsik, profondément endormi dans l’évier en acier.
Pour lui, cet endroit était le lit idéal : frais, arrondi et parfaitement adapté à sa forme. Barsik dormait si profondément qu’on aurait dit qu’aucun bruit au monde ne pouvait le réveiller.
Mais sur le plan de travail, juste au-dessus de lui, une petite paire d’yeux brillait dans l’ombre. C’était un minuscule chaton noir nommé Ougolyok.

Contrairement à Barsik, il n’était pas du tout fatigué. Au contraire, il débordait d’énergie et surtout de curiosité.
Chaque objet de la cuisine lui semblait être un mystère fascinant à explorer. Le robinet brillant, en particulier, attirait toute son attention.
Le chaton s’approcha lentement, comme un explorateur prudent. Il leva une petite patte et toucha le robinet. Rien ne se passa.
Ougolyok inclina la tête, intrigué. Il donna un second petit coup de patte, cette fois un peu plus fort. Le robinet bougea légèrement avec un petit clic métallique.
Les yeux du chaton s’agrandirent immédiatement. Il venait peut-être de découvrir quelque chose d’intéressant.
Avec l’enthousiasme d’un scientifique miniature, il poussa encore une fois la poignée. Cette fois, le résultat fut immédiat. Un puissant jet d’eau jaillit soudain du robinet… directement sur Barsik.
Pendant une fraction de seconde, le chat roux continua de dormir, comme si son cerveau refusait de croire ce qui se passait.
Puis l’eau froide toucha son visage et son ventre. Ses yeux s’ouvrirent brusquement. Son expression passa instantanément de « rêve paisible » à « catastrophe mondiale ».
Dans un cri spectaculaire, Barsik bondit hors de l’évier avec une vitesse absolument incroyable. De l’eau éclaboussa dans toutes les directions.
Ses pattes glissèrent sur l’acier, sa queue se gonfla comme un énorme plumeau, et en moins d’une seconde il s’envola hors de l’évier comme une fusée orange.
Un saut, et il était sur le sol. Un deuxième saut, et il atteignit le haut du réfrigérateur. Là, complètement trempé et les yeux grands ouverts, il regarda autour de lui comme s’il venait d’échapper à une catastrophe naturelle.
Pendant ce temps, sur le plan de travail, Ougolyok observait la scène avec une grande attention. Le chaton regarda l’eau qui coulait encore, puis les traces mouillées laissées par la fuite spectaculaire de Barsik.

Après quelques secondes de réflexion très sérieuse, il posa calmement sa petite patte sur le robinet et ferma l’eau.
Au même moment, le propriétaire entra dans la cuisine. Il regarda l’évier mouillé, le sol éclaboussé et le petit chaton noir assis innocemment près du robinet.
Ougolyok leva les yeux vers lui avec l’expression la plus innocente du monde.
Depuis le sommet du réfrigérateur, un miaulement très indigné résonna dans toute la cuisine.